Millet contre Parsons

Kate Millet (1934-2017), défend en 1970 sa thèse en études littéraires à l’université Columbia, à New-York. C’est sa thèse publiée qui la rend célèbre : Sexual Politics (ce titre sera traduit en français sous La Politique du mâle) analyse le pouvoir patriarcal à travers la littérature occidentale. Cet essai, publié en tant que tel en 1970, est salué par la presse comme le premier livre féministe d’importance depuis la publication, en 1949, du Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir.

Millet s’y oppose à Parsons, que vous avez découvert dans la leçon précédente, en dénonçant les normes de genre qu’il affectionne.

Lisez l’extrait ci-dessous de son livre :

Les cas de malformations génitales ayant eu pour conséquence une assignation erronée du genre à la naissance, qui ont été étudiés par le Centre d’identité générique de Californie, ont permis de découvrir qu’il est plus facile de changer – par la chirurgie – le sexe d’un adolescent mâle, dont l’identité générique se révèle contraire à l’assignation et au conditionnement générique reçus, que de détruire l’œuvre de plusieurs années d’éducation, qui ont réussi à rendre le sujet tempéramentalement féminin dans ses gestes, son sens du moi, sa personnalité et ses intérêts.

Des études réalisées en Californie sous la direction de Stoller prouvent que l’identité générique (je suis un garçon, je suis une fille) est la première que l’être humain établisse. La première mais aussi la plus permanente et celle qui porte le plus loin.

Par la suite, Stoller affirme avec vigueur que le sexe est biologique, le genre psychologique et par conséquent culturel : « Le mot genre a des connotations psychologiques ou culturelles plutôt que biologiques. Si les termes qui conviennent au sexe sont mâle et femelle, ceux qui correspondent sont, pour le genre, masculin et féminin ; ces derniers peuvent être tout à fait indépendants du sexe (biologique). » Le genre a même un caractère tellement arbitraire qu’il peut être contraire à la psychologie : « (…) quoique l’appareil génital externe (pénis, testicules, scrotum) contribue au sens de la virilité, aucun ne lui est essentiel, même pas son ensemble. En l’absence de preuves complètes, je suis d’accord avec Money et les Hampton qui montrent, dans leur importante série de patients intersexués, que le rôle du genre est déterminé par des forces post-natales, sans rapport avec l’anatomie et la physiologie de l’appareil génital externe. »

[…]Psychosexuellement (c’est à dire en termes masculin et féminin, par opposition à mâle et femelle), il n’y a pas de différenciation entre les sexes à la naissance. Par conséquent, la personnalité psychosexuelle est postnatale et acquise.

Kate Millett, Sexual Politics, Garden City, New York: Doubleday, 1970. Traduction française : Stock, 1971, pp.48-49

Vous pouvez aussi l’écouter et la voir, à certains moments, dans ce reportage sur les mouvements féministes de l’époque :

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