On l’a vu, les États changent régulièrement de forme. Et ce qui les pousse à changer, ce sont les idéologies, qui naissent et se propagent dans la population. Ces « courants de pensée » poussent aussi les États à jouer des rôles différents selon les époques.
Quand on adopte une idéologie, c’est tout un système prédéfini d’idées qui va s’imposer à nous comme une « grille de lecture » et d’analyse du monde. Chaque idéologie articule plusieurs dimensions :
cognitive – dogmes, croyances (« c’est ainsi »)
Morale – jugements, valeurs (« ceci est bien », « cela est mal »)
Normative – normes (« il faut… », « on doit… »)
De tels systèmes existent dans les domaines politique, social, économique, culturel et religieux. Nous allons nous concentrer sur les idéologies politiques les plus courantes.
Nous vivons aujourd’hui dans un mélange d’État libéral (État-gendarme) et socialiste (État-providence), un monde dans lequel je pourrais par exemple posséder deux vaches, qui seraient considérées comme ma propriété privée, que je pourrais exploiter pour en tirer des veaux et du lait, et les vendre soit comme matière première soit en les transformant en côtelettes et en fromage. Mais comme agricultrice, je dois respecter les normes nationales et européennes de qualité pour les produits et de bien-être pour mes bêtes. Je suis soumise à l’impôt et je paie des « cotisations sociales » pour préparer ma retraite et anticiper d’éventuels soucis de santé. Mes enfants ont un accès gratuit aux écoles publiques, et je reçois de l’État des allocations familiales pour m’aider à les éduquer. Nous avons accès à différents services publics bon marché voire gratuits parce que financés au moins en partie par nos impôts (transports en commun, services de secours, infrastructures collectives…).
Mais il en irait tout autrement si l’idéologie dominante changeait, et si des politicien·ne·s plus radicaux ou radicales imposaient que tout fonctionne selon leurs propres idées.
Idéologies de gauche
Anarchisme
L’anarchisme est un mouvement philosophique et politique qui est contre toute hiérarchie, toute autorité.
L’anarchisme critique de manière radicale tout ce qui a du pouvoir : capitalisme, armée, police, famille, religion… et surtout l’État, dont il veut la disparition.
Cette critique s’applique aussi à toutes les formes de domination qu’elles soient morale, sociale, économique ou politique, donc l’anarchisme est contre les oppressions de classe, de race, de sexe, d’orientation sexuelle, etc.
La société que l’anarchisme souhaite mettre en place serait une société où les êtres humains émancipés et égaux coopèrent librement.
L’anarchisme est aussi une philosophie qui met en avant l’autonomie de la conscience morale, au-delà des notions de bien et de mal définies par une quelconque institution ou « pensée dominante ». Chacun·e doit être libre de penser par soi-même et de s’exprimer.
Communisme
Dérivé du socialisme, le communisme est une alternative au capitalisme : « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».
Dans les États libéraux basés sur une économie capitaliste, les classes oisives (qui ne travaillent pas mais vivent des bénéfices du travail des autres) oppressent les classes laborieuses (les travailleur·euse·s). Cette lutte des classes dure depuis des siècles.
Le communisme vise à éliminer la lutte des classes et à créer une société sans classes sociales dans laquelle le gouvernement de l’État contrôlerait toutes les richesses et les propriétés, et partagerait les bénéfices et les récompenses du travail de façon équitable entre les citoyen·ne·s.
Le communisme défend donc un mode d’organisation sociale basée sur la suppression de la propriété privée.
Il défend une propriété collective des moyens de production et d’échange.
Socialisme
L’humanité commune est un concept fondamental du socialisme, qui part du principe que les êtres humains sont intrinsèquement sociaux, qu’iels désirent vivre et agir en coopération plutôt qu’en compétition.
Une société socialiste serait composée d’un État fort, dirigé par un gouvernement démocratiquement élu mais puissant. L’État serait propriétaire d’une partie des entreprises, qui proposeraient alors des services publics.
Le socialisme tient beaucoup à l’égalité des citoyen·ne·s, égalité des droits et égalité des chances, par exemple grâce à un revenu minimal pour toustes ou d’une qualité de vie minimale pour toustes.
Ainsi, dans une société socialiste, la différence entre les classes sociales serait minimisée (« des riches moins riches, des pauvres moins pauvres »).
Les socialistes les plus radicaux veulent parfois même une société sans classes sociales (ni riches ni pauvres)
Libéralisme
Le libéralisme place l’individu et les droits individuels au premier rang des priorités. Les valeurs de liberté et de propriété sont très importantes pour les libéraux, et la mission de l’État est de garantir que ces droits ne sont pas violés par des États étrangers ou des concitoyen·ne·s.
Le rôle de l’État est donc de garantir la sécurité des citoyen·ne·s et de leurs biens, tout en maintenant l’équilibre entre sécurité et libertés, de sorte qu’iels puissent se consacrer tranquillement et librement à leurs occupations.
Dès lors, en matière économique, le libéralisme est une doctrine qui défend la libre entreprise et la liberté du marché. L’État ne doit donc pas trop se mêler de faire des lois concernant le travail ou les entreprises. Les libéraux les plus radicaux souhaitent même que l’État ne s’en mêle pas du tout, au nom de la « libre concurrence » des entreprises entre elles, et des travailleur·euse·s entre elleux.
Le libéralisme s’appuie sur le consentement des citoyen·ne·s pour légitimer le pouvoir de l’état.
Conservatisme
Le conservatisme met l’accent sur les valeurs traditionnelles et rejette les changements politiques et sociaux rapides.
Les conservateurs sont souvent des libéraux, donc iels sont généralement préoccupé·e·s par des questions telles que la liberté économique et la sécurité à travers la loi et l’ordre.
Mais iels sont en plus très attaché·e·s aux valeurs traditionnelles (qui varient d’une société à l’autre), ce qui les mène à être assez peu libéraux sur le plan des mœurs, et à vouloir limiter certaines libertés individuelles (comme le droit de disposer de son corps ou le droit d’association) pour leur préférer des lois très restrictives au nom de l’importance d’une société sûre et ordonnée. Iels sont donc souvent demandeur·euse·s de lois contraignantes et d’une armée et d’une police fortes.
D’un autre côté, sur les questions qui touchent à leurs propres intérêts économiques, religieux ou matériels, les conservateurs préfèrent que le gouvernement n’intervienne pas du tout.
Fascisme
Le fascisme préférerait une société dirigée par un État réellement fort, qui contrôle le travail et les affaires, limite les libertés individuelles, et où l’opposition soit interdite. En effet, dans la plupart des systèmes fascistes qui ont existé, un dirigeant autoritaire faisait taire l’opposition, parfois avec des moyens violents (enfermement, torture, assassinats politiques).
Ce gouvernement dictatorial est légitimé (souvent élu) par les citoyen·ne·s qui partent d’un fort sentiment de fierté et de devoir envers la nation, partagent l’idée de la supériorité nationale.
Les fascistes refusent alors les libertés et les droits civils individuels dont ils disposent aux personnes considérées comme ne faisant pas partie de la Nation (sur base de critères xénophobes et racistes), et cherchent à exclure les « non-nationaux » en raison de leurs différences, dans le pire des cas par des moyens violents (vexations, spoliation, ghettoisation, internement voire extermination).
De nombreux gouvernements fascistes ont cherché à étendre leur territoire et leur sphère d’influence par la conquête militaire. La guerre et la violence sont considérées comme de bonnes choses, en tous cas comme des moyens qu’il est légitime d’employer.