Des labos et des rats – la science-se-faisant

Permettez que j’explicite un instant le nom que j’ai donné à cet imaginaire : s’il m’est impossible de penser science ou laboratoires sans penser rats, c’est à cause de Minus et Cortex, ce dessin animé déjanté qui passait à la télé dans les années 90, celles où, précisément, s’élaborait mon propre imaginaire.

Les aventures fumeuses de ces rats de labo qui, la nuit venue, sortaient de leur cage pour « tenter de conquérir le monde » grâce à leur génie dû aux expériences que les humains avaient tenté sur eux – leurs aventures m’amusaient follement. 

Qui sait, si j’avais été meilleure en maths – davantage Cortex que Minus, pour cell·eux qui ont la ref. – , ces scientifiques miniatures, foireux jusqu’au bout des dents, auraient peut-être fait de moi une blouse blanche parmi tant d’autres, au lieu de quoi j’ai préféré la toge moderne et sans grand prestige qu’a bien voulu me laisser porter la pourtant si noble Philosophie, mère de toutes les sciences. Bref. Trêve de lyrisme. 

La science-se-faisant

S’intéresser à la science-se-faisant, c’est une démarche récente en épistémologie. Avant le milieu du XXème siècle, on s’interrogeait plutôt sur les conditions de possibilité de la connaissance humaine, ou sur les conditions logiques de la vérité. Ces deux tendances persistent, et nous étudions les deux. Mais cet imaginaire-ci est consacré à celles et ceux qui ont les mains dans le cambouis, et aux problèmes qu’on leur connaît quand on se penche, avec une loupe, sur leurs pratiques de labo ou de terrain. 

C’est donc s’intéresser autant aux grand moments, ceux qui confèrent prestige et autorité et font de vous un.e scientifique vénéré.e, autant qu’aux petits, ceux qui sont le quotidien des chercheur.se.s, et qui semblent insignifiants : 

Donc, c’est éviter les nombreux écueils qu’offre le domaine scientifique, et qui peuvent nous aveugler sur ce qui se passe réellement dans les labos, comme : 

La tentation du spectaculaire
Vous savez, celle qui fait que quand on pense à une expérience scientifique on imagine des trucs qui fument, ou qui explosent...
La tentation de la science-fiction
Encore plus fort, plus grand, plus dingue... on aimerait tellement que les scientifiques fassent des trucs magiques, qu'ils soient comme des dieux...
Mais c'est chiant, les sciences !
Ben oui, on le sait, que les sciences c'est souvent plutôt barbant, et c'est ce qui la rend impopulaire : soit ça dit des choses qui ne nous plaisent pas beaucoup, soit on n'y comprend rien.
On dirait qu'ils le font exprès
Et d'ailleurs, être incompréhensible, c'est parfois bien pratique...
Les scientifiques sont au-dessus de tout ça...
... et c'est pas plus mal, que les scientifiques n'aient pas à se soucier d'être populaires et de "faire le buzz" : ça n'est pas leur rôle. Il·le·s s'intéressent à d'autres choses, qu'il·le·s trouvent plus essentielles.
Même si parfois il·le·s se la pètent un peu...
... et font disparaître ell·eux-mêmes tout le travail qu'il leur a fallu pour en arriver là, tous les échecs, les ratés, les idées pourries...
Du coup ils s'auto-censurent...
...alors que c'est le plus courant dans leur métier, les ratés, les résultats insatisfaisants, les erreurs... mais qui les prendrait au sérieux s'il·le·s racontaient tout ça ?
Et puis il faut bien reconnaître...
...que c'est souvent nous qui nous tournons vers ell·eux comme s'il·le·s pouvaient nous apporter des solutions à tous nos problèmes.
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