Distinguo – Légal (droit) ≠légitime (morale)

On entend parfois dire que quelque chose d’illégal n’est pas forcément illégitime, et vice-versa. C’est que la Loi n’est pas toujours en accord avec morale, elles ont chacune leur logique propre (voir l’interview de Manon Garcia ci-dessous). 

Ainsi, ce qu’on trouve « bien » n’est pas toujours autorisé par la Loi, et ce qu’on trouve « mal » n’est pas toujours interdit. Ou, parfois, c’est interdit mais pas puni assez fortement à notre goût… 

Les mots « légal » et « légitime » sont pourtant construits sur la même racine latine, legs, legis, qui renvoie à la Loi.

Mais en français, est dit légitime ce qui a « raison d’être dans la Loi ». Et ces raisons peuvent être de plusieurs ordres. Ce peuvent être :

  • Des raisons pratiques (il est légitime d’obliger à rouler d’un côté de la rue plutôt qu’au milieu, parce qu’en pratique ça permet aux autres de vous croiser, ou de vous dépasser) ;
  • Des raisons morales (il est légitime d’interdire la vente d’alcool aux moins de 18 ans, parce qu’on sait que ça a des effets dévastateurs sur la santé, et pires sur des organismes en cours de croissance, et qu’on veut ainsi protéger les enfants, agir pour leur bien). 
 
Il existe de nombreuses situations, dans nos quotidiens et dans l’histoire, dans lesquelles le « légal » et le « légitime » entrent en tension, comme celles reprises sur le mème ci-contre. 

Note sur l’image, reprise sur les réseaux sociaux. C’est visiblement une traduction de l’anglais, un peu bâclée : en français, holocauste prend un « e ». Et si on parle de « la ségrégation », elle est légale, avec un « e » aussi (et un accent). 

Micro-interro : Argument basé sur la légalité ou la légitimité ?

Saurez-vous répondre aux quelques questions suivantes ? Cochez à chaque fois une seule réponse, et ne vous trompez pas d'auteur. Cliquez ensuite sur "Envoyer".

1) Il est complètement immoral de manger de la viande, c'est cautionner l'exploitation des autres animaux.

2) Il faut abolir l'esclavage, tous les êtres humains naissent libres et égaux, les asservir est une honte.

3) Il est interdit de traverser la rue si le feu de circulation est rouge.

4) La démocratie, c'est la protection des minorités, tout le monde doit pouvoir s'y sentir en sécurité

5) Consommer de la drogue dans la rue est passible d'une amende, en vendre ça peut être la prison.

Irréconciliables, légalité et légitimité ?

Il y a des exigences du droit auxquelles certains faits ne peuvent pas répondre, ce qui fait que la morale et le droit sont forcément en décalage concernant ces événements-là. La Philosophe Manon Garcia nous l’explique((entretien avec Guillaume Erner dans l’émission L’invité·e des matins du mercredi 6 octobre 2021, intitulée Le consentement, une nouvelle révolution sexuelle ? Avec Manon Garcia, sur France Culture )) : 

Parce qu’il y a des impératifs du code pénal qui sont des impératifs de clarté, d’égalité des justifiables, de preuves, de comment on établit un élément moral, un élément matériel, un élément légal pour établir une infraction, et qu’il y a certaines choses qui ne peuvent pas tomber sous le coup de la loi, mais qui tombent […] sous le coup de la morale. C’est à dire qu’il est normal qu’il y ait des choses qui nous semblent moralement mauvaises mais que nous ne puissions pas Nécessairement légiférer dessus.